|
« Je t’aime, moi non plus ». Les relations entre la Grande-Bretagne et l’Europe continentale sont une longue histoire d’amours et de séparations. Il y a 540 millions d’années, au cambrien inférieur, le continent est au nord, et les deux bords de notre actuel détroit sont sous l’eau.
Il y a 360 millions d’années, le continent s’étend, recouvrant la Belgique et le nord de la France. Trente millions d’années plus tard, le sud de la Belgique est une fois de plus recouvert d’eau. Au jurassique, il y a 170 millions d’années, le continent de nouveau s’étend, et le Boulonnais devient un golfe ; 80 millions d’années plus tard, au crétacé, la mer recommence son invasion et laisse des dépôts bien visibles au Gris-Nez.
L’histoire n’est pas finie et, 500 000 ans avant notre ère, le détroit du pas de Calais s’ouvre par un brusque effondrement de terrain entre des failles. Se crée alors, entre la Grande-Bretagne et l’Europe, un fossé que la mer va progressivement envahir après la fonte des glaciers. Le Channel s’ouvre à nouveau, il y a 8 500 ans, et ce n’est qu’il y 5 000 ans qu’il a pris la configuration qu’on lui connaît. Comme l’a écrit le chantre de la Côte d’Opale, Dominique Arnaud, le Gris-Nez est, en matière de géologie, « un véritable livre ouvert à la page du jurassique », tant les couches sont aussi distinctes que celles d’un millefeuille. Ces différentes strates se sont déposées là il y a 170 millions d’années ; leurs noms évoquent ces lieux britanniques où l’on a retrouvé les mêmes couches. A la base de la falaise, les argiles du kimmeridgien supérieur, de couleur gris bleuté, entrecoupées de boues calcaires blanchâtres. Peu résistantes à l’érosion, elles donnent des talus en pente douce qui contrastent avec les corniches abruptes des calcaires. Plus haut, les sables et grès du portlandien inférieur, de couleur jaunâtre. Les grès se présentent sous forme de grosses boules de roches dures noyées dans les sables. Leur résistance à l’érosion est à l’origine des pointes qui jalonnent tout ce littoral.
Les géologues verront, au premier coup d’œil, que le pendage, la valeur de l’inclinaison d’une couche sédimentaire, dessine un magnifique anticlinal, aussi pur que ceux schématisés dans les manuels scolaires.
En discuter dans le forum : Un livre de géologie |