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Wissant est l’une des communes de France les plus touchées par l’érosion côtière PDF Imprimer Envoyer
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Préservée sans doute davantage que d’autres littoraux de l’appétit des promoteurs, la baie de Wissant, qui s’étale sur dix kilomètres entre les deux caps Gris-Nez et Blanc-Nez, est guettée par un autre danger, naturel celui-là : l’érosion galopante.

A peine inaugurée après une destruction partielle, la digue de Wissant explosait en mars 2007 suite à l’action conjuguée d’affouillement des eaux de ruissellement et des coups de boutoir de la mer. La précédente avait tenu un siècle. Et, pourtant, ce n’est plus forcément la digue qui inquiète les édiles locaux, car la dune d’aval ne cesse de rétrécir et place certains lotissements sous la menace d’une incursion marine. Le sable, en effet, s’accumule dans les estuaires voisins (Canche, Authie, Somme) et déserte la baie. En vingt ans, la plage s’est abaissée de quatre mètres. « Les pertes de sédiments se chiffrent à plus de 100 000 m3 par an, affirment David Aernouts et Arnaud Héquette (laboratoire de géomorphologie dynamique, Université du littoral Côte d’Opale). Et, dans la partie centrale de la baie, où le marnage est de plus de huit mètres en vive-eau, le recul du front dunaire a dépassé 250 mètres depuis 1949 ». La plage n’existe plus à marée haute, tandis qu’à marée basse son accès est rendu très difficile du fait de l’affouillement de la base des escaliers. Et des bancs de tourbes holocènes, sous-jacents au sable, affleurent de plus en plus.
Si l’aggravation de cette érosion littorale pendant le dernier quart de siècle peut être en partie expliquée par des phénomènes naturels (variations morphologiques des petits-fonds à l’avant-côte ou dans le régime des tempêtes), il faut bien également rechercher des facteurs anthropiques. Les chercheurs mettent en cause les extractions de sable sur un banc pré-littoral, mais aussi l’extension de la jetée du port de Boulogne-sur-Mer au début des années 70.
A ce constat il faut bien désormais redouter les effets du réchauffement climatique supposé sur la dilatation de la mer et donc sur la houle et les tempêtes. Au cœur d’une opération Grand Site, Wissant est aussi sur le périmètre de deux plans de prévention des risques naturels prévisibles qui envisagent la possibilité de brèches dans les digues naturelles ou artificielles et d’inondations par subversion marine. Et un tiers du village pourrait disparaître sous les eaux si rien n’est entrepris pour retenir les flots. Pour s’en prémunir, il faut régler le problème de la maîtrise d’ouvrage : propriétaires, collectivités territoriales et Etat se sont longtemps renvoyé la balle, même si le syndicat mixte de la Côte d’Opale a pris l’initiative d’une étude sur le réensablement. Des pieux ont été plantés pour piéger le sable, des enrochements posés pour protéger la digue. « Mais si cela ne suffit pas ? se demande le géographe Edward Anthony. La question est : jusqu’où peut-on aller, utilement, dans la défense du trait de côte ? »

(article de Benoît Lobez, paru dans l’hebdo « Le Marin » du 2 octobre 2009)

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